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| Internet et la bataille des contenus |
24 nov. 2009 |
Hachette s'élève contre Google. Google numérise des livres pour les destiner à un accès via Internet. Cette évolution déstabilise des éditeurs classiques. Jusqu'à ce jour, aucun nouveau média n'a fait disparaître les médias "anciens". Dernier exemple en date, la télévision n'a pas tué la radio. Est-ce qu'Internet peut échapper à cette règle ?
Probablement pas. Internet apporte trois changements majeurs. Tout d'abord, Internet renforce le droit à la naissance des oeuvres. "L'auto-édition" progresse déjà. C'est un point positif. Ensuite, Internet change les rapports de diffusion-distribution. Hachette est d'abord un diffuseur-distributeur avant d'être un éditeur. Toute l'histoire de la "pieuvre verte" est dominée par la pratique des offices qui ont totalement changé le rôle des libraires, faisant disparaître leur liberté de choix, ouvrant une bataille d'occupation des linéaires qui relevait de basses techniques commerciales et non pas d'une quelconque approche de qualité des oeuvres. Enfin, Internet va internationaliser le droit Français de l'édition qui est marqué par de profondes singularités. Un exemple parmi tant d'autres, l'IGN, pourtant établissement public financé majoritairement sur fonds publics, est arrivé à installer un doit d'auteur sur des éléments géographiques naturels ; ce qui n'existe dans aucun autre pays. Comment est-il possible de s'approprier des chemins ou des sentiers dont la création relève de ... la nature ?
Internet réveille ce "petit monde" endormi sur les rentes de situations gagnées dans des rapports de forces souvent totalement dépourvus du respect des grands principes affichés.
Cette évolution incontournable montre aussi combien la France est à l'écart de grands débats pourtant incontournables.
Il y a actuellement une gadgétisation du débat public Français qui est particulièrement grave. Cette gadgétisation appauvrit la réflexion collective, fragilise des positions. En plein débat sur l'identité nationale, s'il est un volet qui tend à disparaître de cette identité c'est la capacité du débat public Français à vivre de grands débats d'idées et à porter des modèles de fonctionnements originaux appelés à être reproduits par d'autres pays. C'est dommage. L'exemple du débat sur les contenus et Internet montre qu'une "politique du vide" s'est installée de façon accélérée ces dernières années. L'un des enjeux majeurs est de lutter contre cet état. Le choc de contenus est la première richesse d'une démocratie.
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| Dominique de Villepin et la présidentielle 2012 |
9 nov. 2009 |
La France bouge. Les sondages publiés la semaine dernière l’attestent, si besoin était. Des tendances commencent à s’affirmer. Le projet socialiste n’est pas ressuscité avec la crise économique. La « France des difficultés » n’a pas retrouvé le chemin du vote socialiste. Le Modem et les Verts n’existent pas comme « familles politiques ». Ces deux structures n’existent que par l’action de leurs leaders charismatiques : François Bayrou et Daniel Cohn Bendit. Quatre familles politiques s’affrontent. L’électorat présidentiel qui conserve un socle élevé à base de seniors, de CSP + et d’agriculteurs. L’électorat de droite choqué par les attitudes présidentielles puis par certaines décisions. L’électorat de gauche qui s’inscrit dans une logique d’alternance donc de parti de Gouvernement. Les extrêmes qui cherchent à capitaliser les mécontentements et les formes nouvelles d’excusions.
Cette présentation change des données de l’affrontement du premier tour. Elle montre l’étroitesse des voies type Bayrou car le courant de pensée centriste n’existe plus. Les bons finalistes devront tenir compte des éliminés du premier tour. A droite comme à gauche, le vainqueur sera celui qui aura réussi à recréer l’unité de son électorat tout en séduisant les partisans d’un ancien concurrent du premier tour qui n’aura probablement pas mesuré sa critique pour faire vivre son espace. Les exclus des extrêmes se prépareront à peser sur la vie politique sur des thèmes très précis qui peuvent concerner pour les uns l’ordre public et pour d’autres des mesures de solidarité sociale. Dans ce paysage, Dominique de Villepin a probablement trois pièges majeurs à éviter :
- chercher à créer son sillon à droite au prix de polémiques permanentes et vives avec le Chef de l’Etat sortant. Il pourrait réduire le socle du premier tour du Chef de l’Etat mais probablement pas assez pour prétendre au second tour et alors celui-ci deviendrait un champ généralisé de règlements de comptes à droite.
- Le deuxième piège est celui des médias. Ils vont vouloir faire ré-exister la guerre des droites. C’est le creuset culturel le plus facile.
- Le troisième piège est celui du passé : être scotché par des décisions prises du temps où l’intéressé était le collaborateur privilégié de Jacques Chirac. Tout le piège résiderait à attribuer à Jacques Chirac le radicalisme bon enfant et à Dominique de Villepin le machiavélisme froid.
L’exposé de toutes ces contraintes montre l’étroitesse du positionnement. Dominique de Villepin doit être un hélicoptère quand Sarkozy deviendra un 4x4 tout terrain avec l’énergie qui est la sienne en période de campagne. A cette époque, Bayrou et le PS devraient être des chars d’assaut contre le Président sortant. Dominique de Villepin doit s’installer en rassembleur au-dessus des clientélismes. Bien davantage, il doit probablement dénoncer ces clientélismes pour irriter tous ceux qui ne reçoivent pas les décisions ponctuelles. Enfin, sil est indispensable de récupérer une partie de l’électorat de droite, il lui faut aller au-delà. Seule la définition d’un « nouvel humanisme » permettra de cliver sur des bases attractives pour une partie de l’électorat de gauche. L’enjeu est de définir les conditions modernes de solidarité, de générosité, de rapports entre l’individu et le pouvoir. En dépolitisant chacun de ces thèmes, il doit poser les jalons d’une réconciliation entre les Français. Cette approche est-elle réaliste et si oui à quelles conditions ?
(extrait de notre lettre 196 diffusée demain mardi à nos abonnés). |
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| Une opinion publique d'une étonnante stabilité |
5 nov. 2009 |
Les enquêtes Ifop publiées cette semaine (l’une pour Valeurs Actuelles et l’autre pour Paris Match) apportent des enseignements d’une très grande qualité.
Tout d’abord le mécontentement est installé à un haut niveau. Mais les conséquences électorales n’en découlent pas. Pourquoi ? Parce que l’opinion n’a pas le sentiment d’offre alternative. 67 % considèrent que l’opposition ne ferait pas mieux. Ce chiffre n’est jamais descendu en-dessous de 61 % depuis mai 2007 !
Ensuite, la demande est peu élastique. Les blocs sont constitués et bougent peu. C’est le cas pour Nicolas Sarkozy mais aussi pour Martine Aubry et François Bayrou. Les seniors et les CSP + garantissent un premier tour sécurisé pour Nicolas Sarkozy.
Enfin, les soucis sont ailleurs des sujets officiels. Le débat sur l’identité nationale ne fait pas recette. C’est un clivage consommé entre l’élite politique et l’opinion avec un scepticisme généralisé sur les offres alternatives : bref, une morosité épaisse.
Toutes les données techniques présentées dans notre publication sur l’opinion pour les régionales de mars 2010 sont installées structurellement.
Extrait de notre publication en vente exclusivement par notre intermédiaire via ce site : "Pour le moment, la pré-présidentielle demeure dans la forme dans l’exhibitionnisme médiatique et dans le fond sur les positions d’hier.
Les fractures sont :
- socio-professionnelles : la France qui entreprend / la France salariée et tout particulièrement les professions intermédiaires,
- d’appartenance à un secteur d’ensemble : secteur privé / secteur public,
- par âges : + de 60 ans / - de 35 ans.
Il faut noter enfin une spécificité croissante des 18-25 ans qui s’apprêtent à constituer un vrai front d’opposition à Nicolas Sarkozy. Il faut remonter à la présidentielle de 1988 pour retrouver des clivages de ce type. En 1995, le profil de J. Chirac avec une priorité de gaullisme social (le concept de la fracture sociale) avait considérablement changé par rapport à 1988"...
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| A deux jours d'un anniversaire historique |
2 nov. 2009 |
La véritable innovation de la campagne 2008 de Barack Obama réside dans un parti pris d’idéal. C’est l’axe stratégique de la campagne de Barack Obama. Le choix fort a été ensuite, grâce à des outils, d’offrir de s’associer à cet idéal pour le transformer en idéal commun. Ces outils ont «vendu de la relation». Mais Barack Obama a d’abord «vendu de l’idéal» y compris par la force de son propre cursus personnel mais bien au-delà par le symbole de tous ses grands projets. Les outils ont permis de bâtir l’adhésion du grand nombre à cet idéal puis de s’affirmer comme une «marque». Parce qu’on adhérait à la campagne de Barack Obama, on montrait que l’on partageait une vision et des engagements. Ce faisant, il a probablement annoncé le renversement d’une tendance qui condamnait l’idéalisme au profit du réalisme. Il a annoncé la «conscientious living», c'est-à-dire un style de vie mesuré qui est la recherche de sens. C’est la fin du consumérisme ostentatoire (style de vie «bling bling»).
La campagne Obama a démarré comme créatrice de valeur. Par son succès, elle est devenue créatrice de mode. Au moment où elle est devenue créatrice de mode, les «premiers engagés» ont d’ailleurs mal vécu la perte de leur différenciation initiale. Les rencontres avec les acteurs de la première heure étaient très significatives. Ils exprimaient presque une forme de regret d’être désormais suivis par tant de personnes. Ils s’estimaient dilués, dépassés. La marque distinctive initiale était en voie de disparition. Par conséquent, toutes les approches qui consistent à analyser la communication de Barack Obama comme la mobilisation de réseaux communautaires, l’émergence d’un style de «cool attitude» qui rompt avec l’image classique du pouvoir … nous semblent passer à côté de la vraie vague de fond : répondre à la soif d’idéal comme rencontre entre un engagement personnel et une mobilisation collective. C’est le moment où la politique vient à la rescousse de la vie ; ce qui explique d’abord la mobilisation militante puis celle civique du vote (voir nos deux publications à ce sujet).
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| La victoire vole au secours de ... la victoire |
29 oct. 2009 |
Il y a un domaine où la France n’est pas en retard ; c’est celui de l’organisation de la spirale auto-entretenue du succès ou de la défaite. Un vieil adage populaire dit que la « victoire vole au secours de ...la victoire ». Il est certain qu’un sondage très favorable à un candidat conforte ce candidat et dégage ainsi une spirale qui s’entretient d’elle-même. Dans ce cas, on assiste à une indiscutable instrumentalisation du sondage qui n’est plus un outil de collecte d’informations fiables mais un moyen pour influencer l’opinion. C’est un pas supplémentaire sur la voie de l’américanisation de la vie politique française. Pendant des décennies, la vie publique française était dominée par la pensée, héritage notamment de l’apport révolutionnaire. Cet héritage a parfois excessivement conceptualisé le débat politique en France. Face à cet héritage culturel de débats conceptuels, l’opinion zappe de plus en plus vite dans un flux considérable et permanent d’informations. Elle devient donc de plus en plus exposée à des techniques d'instrumentalisation : voir leur présentation dans notre publication sur les 20 techniques de manipulations.
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| Jean Sarkozy victime de la famille DLVV |
23 oct. 2009 |
Désormais, la compétition n’est plus entre l’UMP, le PS, le Modem mais entre trois nouvelles familles politiques : le DLVV, le PID et le RC.
Le DLVV, c’est la famille «Dans La Vraie Vie» : ses membres bougent, réussissent, ratent, se trompent, repartent, aiment, cherchent le bonheur … bref, vivent comme maintenant.
Le PID, c’est le parti de la Peur, de l’Incertitude et du Doute. C’est l’actuel espace du Modem qui doute entre la droite et la gauche, qui multiplie les nuances témoignant une incertitude contagieuse et qui semble avoir tout simplement peur d’assumer.
Quant au RC, ce sont les Retardataires Chroniques. Ils disent aimer le clic mais pratiquent le «clic arrière» : un pas d’avancée pour deux pas de tradition donc le blocage.
Nicolas Sarkozy a le mérite de la lisibilité. L’opinion est reconnaissante de cette qualité. En cette période où chacun cherche «à être la personne que vous auriez pu être», il y a au moins le spectacle d’un Président qui prend plaisir à vivre sa Présidence comme il l’avait rêvée. En plein dans le mille. Sauf qu'en voulant procéder à la nomination-élection de son fils, il s'est éloigné des repères de cette famille DLVV qui l'a rappelé à l'ordre. Dans la vraie vie, on ne dirige pas l'établissement de la Défense à 23 ans. |
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